Val-de-Marne : visite de deux parcs départementaux ambitieux Abonnés
Le Parc du Coteau, un défi topographique
Le projet de départ, inférieur à 5 hectares, n’entrait pas dans les critères du département, qui a cependant conduit la création, les communes ne pouvant porter cet aménagement. Depuis le début des années 2000, le département assure la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre en interne, en liaison avec les comités de pilotage d’Arcueil et de Gentilly, rappelle Daniel Jarry, paysagiste (Service Projets, Direction Espaces verts et Paysage du CG94). Le département est l’aménageur unique. La gestion fait l’objet de conventions avec les communes, notamment pour le gardiennage des terrains de sport.
Ce parc est une opération de « couture urbaine » qui raccorde cinq zones morcelées, inconstructibles et délaissées de voirie et friches urbaines, de bas en haut d’un coteau en dénivelé de 20 m, complète Daniel Jarry, concepteur du parc.
Point de bruit sous les piliers du viaduc de l’A6A, mais des sols d’anciennes carrières, desséchés sous l’ombre du pont, infiltrés par des remontées de nappe, remblayés sur le coteau. Au pied du viaduc, la pelouse synthétique du terrain de sport couvre un bassin de rétention de 30 000 m³.
En 2006, un important apport de terre végétale a permis de réaliser au niveau bas le jardin Gandilhon, d’installer une aire de jeux originale (cabanes perchées en béton) et de poser un toboggan tunnel de 30 m. sur le coteau, le long de l’escalier de bois qui zigzague entre les arbres pour remonter vers le plateau de Villejuif. La végétation spontanée du coteau est conservée, le couvert encombré d’acacias et de plantes invasives est progressivement traité en gestion raisonnée.
En partie basse, un grand mur de pierre conforte le bas du talus ; en haut, un mur planté borde la terrasse supérieure qui s’étend devant les cités du plateau et porte un deuxième terrain de sport. La vue sur Paris est malheureusement limitée par les arbres du coteau.
La 3ème tranche en cours (2013-2014) concerne d’importants travaux d’hydrauliques et de génie civil sur 2,9 ha, portant la superficie à 12,5 ha, pour un budget de 3,758 M€ TTC. Le parc va recevoir 5 600 tonnes de terre végétale pour aménager 12 000 m² de pelouses. La rampe en construction depuis le bas du parc débouchera sur une extension du parc sur le plateau, aménagée dans une annexe du cimetière d’Arcueil, par convention entre la commune et le CG94.
En bas, sous le viaduc, un skate parc de 1 070 m² est en construction : cet équipement intégré, conçu par Constructo Skatepark Architecture, se compose de modules creusés dans le sol, plus sûrs et fonctionnels que les classiques modules sur dalle. Le profil de l’espace de glisse a été étudié en concertation avec les usagers.
En revanche, en haut du parc, l’opération immobilière en cours pour édifier trois immeubles sur le site d’un ancien centre de recherches routier ne s’est accompagnée d’aucun dialogue sur l’articulation des constructions nouvelles avec la lisière du parc, regrettent le paysagiste et le chargé de projet.
Cette tranche inclut la réalisation d’une Maison de la Bièvre, d’un espace de jeux d’eau (50 x 50 m.) et de deux zones humides au bas du parc, pour ramener plus de biodiversité autour du ruisseau disparu.
Le projet de réouverture de la Bièvre
À la création du parc du Coteau, il s’agissait simplement d’évoquer la Bièvre, busée depuis longtemps, par une ligne de peupliers. Le fil d’eau résiduel s’écoule à 2 m. sous terre, dans une canalisation, qui recueille notamment les eaux de ruissellement du tablier de l’autoroute. Quand l’idée de restituer une partie du cours est apparue, les habitants ont suggéré qu’un éventuel tronçon à ciel ouvert soit alimenté en eau de Bièvre : un projet délicat, car l’eau est polluée et le débit insuffisant, que le CG94 chiffrait en 2009 à 6 M€ pour rouvrir la Bièvre sur 610 m. dans le Parc du Coteau (voir EL n° 904). Le tracé suivrait la voie de desserte du gymnase et du terrain de sport situés sous le viaduc, avant de former un méandre au niveau de l’aire de jeux. Mais il reste toujours à démolir le collecteur qui canalise la Bièvre. Selon les termes du chargé de programme à la DPEJV, Benoît Kayser, il comporte un « os de béton », ouvrage de régulation équipé de vannes et de dégrilleurs, que certains proposent d’ouvrir pour visualiser son fonctionnement. Ces travaux hydrauliques, en cours de négociation avec le SIAAP (syndicat intercommunal d’assainissement de l’agglomération parisienne) et l’Agence de l’eau Seine-Normandie, s’avèrent plus complexes que l’aménagement paysager, qui consiste à recréer et végétaliser les berges pour favoriser la biodiversité, et à installer des espaces de promenade, reliés par plusieurs passerelles.
Le début des travaux est annoncé pour l’été 2015.
Le parc de la Plage bleue à Valenton
La plaine alluviale de Valenton était autrefois consacrée aux carrières et au maraîchage. Puis la mythique Plage bleue, vaste gravière, a pris le relais jusqu’aux années 1970, avant de fermer pour pollution et de céder à nouveau la place aux carrières. En 1989, le carrier a donné le terrain à la commune de Valenton en apportant 1 million de m³ de remblais, qui forment désormais au nord et à l’est des talus élevés, isolant le parc des voies SNCF marchandises et TGV. Par convention avec la commune, le département s’est alors chargé d’aménager 30 ha, le parc s’étendant actuellement sur 41 ha.
La réalisation s’est effectuée par 3 tranches de 1989 à 2009, avec un apport supplémentaire de 500 000 m³ de remblais, pour recréer les berges et les îles du plan d’eau, aménager un amphithéâtre et un plateau de jeux (skate park), puis installer deux versants de pelouses étagées vers le sud. Ce vaste parc, enserré entre les talus et une zone logistique automobile de 30 ha côté ouest, ne dispose en effet que de deux accès : l’accès au plan d’eau, côté est, qui conserve ses kiosques bleus défraîchis, et la nouvelle entrée, qui dessert une zone récente d’habitat collectif au sud.
Au sud, le parc de la Plage bleue est déjà en connexion avec les parcs départementaux du Champ St Julien et des Saussaies Pidoux. L’objectif du Conseil général est de s’appuyer sur cette trame pour former à partir de 2014 une coulée verte de 20 km reliant la base de loisirs de Créteil au plateau agricole de la Brie, explique Véronique Lathière, paysagiste (Service Projets, Direction Espaces verts et Paysage du CG94), responsable de la conception depuis la deuxième tranche.
La conception du parc fait largement appel à l’eau, depuis le plan d’eau et sa plage artificielle, jusqu’aux jeux d’eau qui animent la nouvelle entrée, en passant par le mini buffet d’eau, dont les cascades bordées de basalte dévalent les gradins des pelouses, sans oublier la mare aux rives sauvages de la zone humide et le canal qui borde le sud-est du parc. Les jeux d’eau de l’entré sud, où les enfants peuvent patauger, offrent une alternative à l’interdiction de baignade, que les agents peinent à faire respecter, malgré le danger omniprésent. Le système hydraulique associe le pompage sur la gravière pour alimenter le canal circulaire, l’eau du réseau pour les jeux d’enfants et deux forages (10 000 €/an de maintenance).
La végétation, traitée selon un plan de gestion différenciée avec codage des différents espaces, se caractérise par un « catalogue végétal de plantations juxtaposées » en vastes planches monochromes, remarquait un expert. Le coût d’entretien (8 jardiniers et prestations externes) revient à 1,60 €/m², soit un budget annuel de 670 000 € incluant les 6 agents d’accueil, la propreté et l’hydraulique.
Sans doute victime de son étendue et de sa conception échelonnée selon les critères du moment, le parc de la Plage bleue semble hésiter entre la base de loisirs (pêche, skate park), le parc périurbain et la zone humide. En dehors des fins de semaine, réputées chargées, le parc attire un public captif de scolaires et centres de loisirs, qui relaie les joggeurs matinaux et les skateurs.
Anne Lévy-Thibert
non signé le 25 juillet 2013 - n°999 de La Lettre de l'Environnement Local des communes et des intercommunalités
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