« La prise de compétence eau potable et assainissement par l’intercommunalité a été une très bonne chose » Abonnés
Le préfet nous avait autorisé à faire un puits de 600 mètres de profondeur pour sécuriser l’alimentation en eau potable, en permettant que ces travaux se financent sur le budget général de la communauté de communes. Il nous a ensuite demandé de prendre la compétence correspondante. Ce que nous avons fait pour l’eau potable et pour l’assainissement, au 1er janvier 2010. La prise de compétence eau potable et assainissement par l’intercommunalité a été une très bonne chose.
Des communes s’opposent parfois à ce transfert dans la mesure où la qualité des réseaux, donc les investissements requis, sont hétérogènes. Comment avez-vous surmonté de telles réticences ?
Nous sommes arrivés à expliquer à tous les conseils municipaux que nous étions une seule entité et que nous faisions un puits de 600 mètres qui sécuriserait l’approvisionnement en eau pour tout le monde. Y compris pour certains villages dont l’approvisionnement reposait sur des sources et des petits forages qui tombaient en panne l’été. Quant à la ville d’Apt, son réseau datait de 1912, sans qu’elle ait changé ses canalisations. La communauté de communes a engagé les investissements nécessaires et convaincu les propriétaires privés de remplacer les colonnes au plomb. Cet effort se poursuit depuis 14 ans.
Quels ont été les effets de la prise de compétence assainissement par l’intercommunalité ?
Nous avons 36 stations d’épuration dont une vingtaine en roseaux pour éviter les boues activées. Dans ma commune de Caseneuve (501 habitants), nous avons quatre stations, toutes en roseaux. Nous avons par ailleurs inauguré une grande station en 2023 permettant de répondre aux besoins de 31 000 habitants, et nous allons jusqu’à la filtration finale par UV puis au lagunage, avant de rejeter les eaux traitées.
Quel mode d’exploitation avez-vous retenu ?
Pour l’eau potable, douze communes sont gérées en régie et treize autres dans le cadre d’une délégation de service public accordée à Suez. L’assainissement est géré en régie. Le service fonctionne avec des agents de droit privé, ce qui permet une gestion plus simple des ressources humaines, notamment en matière de salaires et de convention collective. Même si ces personnels partagent le même bâtiment que la communauté de communes.
Reste-t-il des difficultés à surmonter ?
Nous sommes régulièrement confrontés au non paiement de factures. Ces impayés sont rarement le fait de personnes en difficulté financière. Nous avons même de gros commerçants qui cumulent parfois jusqu’à 8 000 à 10 000 € d’impayés. En 14 ans, le cumul représente environ un million d’euros, or le Trésor public, en charge du recouvrement, est débordé.
Avez-vous trouvé une solution pour éviter cette perte de recettes ?
Nous avons été obligés de nous substituer au Trésor public en nous inspirant de ce que nous avons fait pour la taxe de séjour, pour laquelle nous avions embauché une personne chargée de l’encaissement. Pour l’eau, nous avons recruté un agent qui va toquer aux portes : cela fonctionne car il menace les mauvais payeurs d’une coupure, même si cela est impossible. Nous avons observé une augmentation de 60 % à 80 % du taux d’encaissement, ce qui veut dire que la personne que nous avons recruté « paie » cinq fois le salaire qu’elle nous coûte.
De plus en plus de stations d’assainissement sont endommagées par la multiplication des lingettes. Y êtes-vous confrontés ?
Pour y remédier, nous menons des campagnes d’information et de sensibilisation et nous avons mis en place des dégrilleurs, que nous relevons régulièrement. Dans notre nouvelle station, nous avons fait construire un cheminement sécurisé au-dessus des bassins qui permet aux élèves, du primaire au lycée, de voir ce que nous sortons des dégrilleurs. Sur 10,5 M€ d’investissement, 300 000 € ont été consacrés à ce volet pédagogique.
Jean-Philippe ARROUET le 20 juin 2024 - n°1239 de La Lettre de l'Environnement Local des communes et des intercommunalités
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