Le développement agricole et la protection de la biodiversité sont souvent difficiles à concilier dans les territoires ruraux. En travaillant sur les haies bocagères, caractéristiques de son territoire, la communauté de communes du pays de Pouzauges est pourtant parvenue à faire de la préservation de ces haies un sujet d’intérêt partagé. Ce territoire de Vendée (23 116 habitants, 10 communes) abrite 800 entreprises, dont 280 agricoles. « La qualité de l’environnement se fait principalement par le monde agricole. Il est indispensable de mobiliser les acteurs », affirme Adeline Auberger, vice-présidente en charge de l’agriculture, de l’eau et de la biodiversité. Autrement dit, pas question d’imposer des décisions politiques ni de contraindre, mais plutôt de rechercher un intérêt entre la collectivité et les agriculteurs. Dans les années 2000, la commune de Le Boupère (3 192 habitants) rénove sa salle des fêtes pour se chauffer au bois. Elle se dote d’un petit réseau de chaleur d’abord alimenté par des fournisseurs en Bretagne et dans Les Deux-Sèvres, avant d’utiliser le bois du bocage local, issu des haies. « Nous avons créé un réseau d’agriculteurs travaillant en direct avec la commune », précise Dominique Blanchard, vice-président en charge des transitions énergétiques et environnementales. Leur bois est broyé et alimente un réseau de trois chaudières. Avec une particularité financière, permise par des montants inférieurs aux seuils du code de la commande publique : « nous avons acheté le bois plus cher que les prix du marché. En réalité, nous n’achetons pas que du bois mais du paysage, la collectivité a donc fait le choix de rémunérer un peu plus les agriculteurs pour ce service », explique le vice-président. Les 35 agriculteurs concernés s’engagent en effet à respecter un plan de gestion des haies et sont accompagnés par deux techniciens pour rendre leurs pratiques durables. « Une haie, c’est une vraie culture et un savoir-faire que nous avons perdus », souligne Adeline Auberger. « C’est aussi une ressource pour l’agriculteur qui peut diversifier ses revenus », complète Dominique Blanchard.
La communauté de communes, qui obtenu la label « Capitale française de la biodiversité », est également parvenue à associer les entreprises locales à cette préservation du paysage. La création d’une association « Bocage d’avenir » collecte en effet des fonds privés (avec défiscalisation) reversés aux agriculteurs pour qu’ils mènent un programme d’entretien et de plantation de haies sur cinq ans (70 % de haies vives et 120 m linéaires à l’hectare, avec des critères de largeur, de typologie...). Grâce à cette mobilisation, le plan de gestion des haies est autofinancé à 70 %. Tous les acteurs du territoire y trouvent leur compte et la charge restant à la collectivité est de 30 000 à 40 000 € par an.
Jean-Philippe ARROUET le 20 juin 2024 - n°1239 de La Lettre de l'Environnement Local des communes et des intercommunalités