Transfert de la pollution nitrique : 24 ans de tests par l’Inra Abonnés
Les travaux réalisés par l’Inra et la Chambre d’agriculture bénéficient du soutien des ministères de l’Agriculture et de l’environnement, de l’Agence de l’eau Seine-Normandie, de la région Picardie, de l’Ademe, du programme européen INTERREG IV et de la mairie de Bruyères-et-Montbérault. L’Inra de Lille présentait début octobre les résultats de cette étude lors d’une journée « Agriculture, gestion de l’azote et qualité de l’eau ».
Dans ce programme pilote, qui se distingue par sa durée, la mise en place de bonnes pratiques culturales de gestion de l’azote sur une longue période s’appuie sur différents outils. L’utilisation du logiciel Azobil permet à l’agriculteur d’effectuer son calcul de fertilisation azotée par la méthode des bilans en fonction de différents paramètres : besoin en azote des cultures, objectif de rendement, nature du sol, apport des cultures précédentes et des engrais organiques. Les agriculteurs sont incités à implanter des cultures intermédiaires pièges à nitrates (CIPAN) en période d’intersaison, à laisser en place les repousses de la saison précédente et à enfouir les pailles.
Le suivi régulier du climat, des cultures, des sols et de l’eau permet à l’Inra d’évaluer l’impact de ces actions sur le système aquifère, à deux niveaux. À l’entrée, la teneur en nitrates de l’eau de percolation qui diffuse dans l’aquifère s’élève à 44 mg/l sous la zone cultivée, et 34 mg/l en intégrant l’apport filtrant des zones boisées du bassin. Selon l’Inra, cette valeur est 1,5 à 2 fois inférieure aux taux qui prévalaient avant 1990. À la sortie, donc au niveau des eaux de captage, la teneur en nitrates des sources captées a en revanche continué à augmenter, jusqu’à dépasser 60 mg/l à la fin des années 1990, avant de se stabiliser autour de 50 mg/l. Ces relevés s’effectuent selon plusieurs techniques (voir EL n° 954) : l’évolution des stocks d’eau et d’azote minéral du sol se mesure notamment par carottage sur 1,5 m d’épaisseur.
Ces relevés de long terme confirment la forte inertie du temps de transfert des nitrates dans l’aquifère : à ce rythme, il faudra encore une trentaine d’années pour enregistrer une amélioration significative des valeurs sur les sources captées.
L’expérimentation de l’Inra renforce les connaissances sur la lixiviation des pollutions, le fonctionnement des écosystèmes agricoles et le temps de réponse des aquifères en terrain sédimentaire tertiaire. Elle démontre que la maîtrise des pollutions nécessite un partenariat et une mobilisation durable entre les collectivités, les agriculteurs et la recherche. Il ressort aussi de cette étude que les bonnes pratiques doivent s’accompagner de mesures complémentaires pour plus d’efficacité. Il est ainsi préconisé d’y associer la limitation des transferts de pollution vers l’atmosphère en évitant l’émission de composés azotés (ammoniac, protoxyde d’azote).
La démarche globale de protection de la ressource en eau passe par une optimisation des cultures en fonction de leur localisation sur le bassin hydrologique. Le développement de l’agriculture biologique et de cultures pérennes pour la production de biomasse, ainsi que la généralisation des bandes enherbées et boisées sont à privilégier.
http://inra-dam-front-resources-cdn.brainsonic.com/ressources/afile/242816-1ac28-resource-dp-pollution-nitrique.html
Anne Lévy-Thibert
non signé le 14 novembre 2013 - n°1005 de La Lettre de l'Environnement Local des communes et des intercommunalités
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